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L'histoire de France

 

Chapitre

Les écrivains

 

 

Geoffroi de Villehardouin

Un habile avocat

Geoffroi de Villehardouin naît dans la commune qui porte aujourd'hui son nom au nord-est de Troyes, un peu avant 1150. En 1185, il devient maréchal des comtes de Champagne; il s'agit d'un office à la fois domestique (entretien des écuries de la cour comtale) et militaire (répartition du service dû par les vassaux et commandement de l'avant-garde).

En novembre 1199, Villehardouin se «croise» avec la plupart des grands seigneurs champenois. Les préparatifs durent toute l'année 1200 et, en février 1201, Geoffroi arrive à Venise. Ses compagnons l'ont mandaté pour négocier leur passage en Terre sainte.

L'année suivante, en octobre, les croisés s'embarquent; faute d'avoir pu payer tout le prix de leur voyage, ils doivent d'abord conquérir Zara, ville adriatique, dont Venise redoute la concurrence. Là, l'empereur détrôné de Constantinople les persuade de l'aider à rentrer dans ses droits. Les croisés acceptent et prennent la capitale le 17 juillet 1203. Un an plus tard, ayant chassé le fils de l'empereur qu'ils ont rétabli, ils fondent l'Empire latin de Constantinople dont Baudouin de Flandre prend la tête. De maréchal de Champagne, Geoffroi devient maréchal de Romanie, nom que l'on donne au nouvel empire. Son rôle est important; il participe à tous les combats et à toutes les négociations. Toutefois, on ne sait rien de lui après 1208; il a dû mourir en Orient entre 1212 et 1218.

Son Histoire de la conquête de Constantinople, premier ouvrage du genre écrit en langue française, retrace aussi les premières années de la Romanie; ce n'est pas un récit objectif, mais un plaidoyer. L'auteur veut expliquer sinon justifier le détournement de la quatrième croisade, qui aboutit à la destruction d'un empire qui était le meilleur rempart contre l'islam qu'elle prétendait combattre. Il s'efforce de voir là un enchaînement de circonstances fortuites où il n'est pas loin de reconnaître la main de la Providence. Il écrit avec talent; le récit est clair, ordonné et sobre, explicatif plutôt que descriptif. Le pittoresque est rare, mais Villehardouin sait décrire les faits, démêler les causes et analyser les conséquences.

Son information, à partir de documents officiels mais aussi de notes prises au cours des événements, est rarement prise en défaut. Une fois admis le parti pris, on trouve chez Villehardouin une information précieuse non seulement sur la quatrième croisade mais encore sur la mentalité de l'aristocratie au début du XIIIe siècle.

 

Vers 1150-1213

 

 

La conquête de la Terre d'outre-mer (quatrième croisade)